Saint-Leu horizon 2030 ou Saint-Leu sous Verrecchia ?

Décidons Autrement Saint-Leu a assisté ce mardi 20 mars à la réunion publique de la mairie intitulée « Saint-Leu Horizon 2030, quel avenir pour le centre-ville ? ». La séance s’est déroulée à la Croix-Blanche en présence de Mme le Maire, du promoteur M. Verrecchia, et de Saint-loupiens, témoignant par leur présence  exceptionnellement nombreuse de l’intérêt que porte la population à cet enjeu effectivement crucial qu’est celui de l’urbanisme.

C’est M. Verrecchia en personne qui a ouvert la séance, après une rapide introduction de Mme le Maire, par un diaporama présentant son projet de construction : « Les Allées de Saint-Leu ».

Dès le départ, le ton est donné. En guise de réunion de concertation sur l’avenir du centre-ville, nous étions conviés à une séance de communication sur un projet immobilier déterminé, défini, dont le permis doit être déposé cet été. Mme le Maire indique que certaines propositions des habitants, si elles sont compatibles avec ce projet, pourront être prises en compte.

Beaucoup d’informations sur ce que prévoit le promoteur ont été projetées sur des diapositives, il est difficile de toutes les retranscrire ici. Nous soumettrons un compte rendu plus détaillé le plus rapidement possible. Mais voici quelques éléments à chaud :

  • La zone couvre, comme annoncé dans notre précédent article, l’îlot qui va de la Croix-Blanche à l’immeuble de la Société Générale (angle avenue de la Gare), jusqu’au parc du Charme au Loup. Les bâtiments de l’avenue de la Gare sont conservés, sauf l’espace Clairefontaine.
  • Aucun logement social n’est prévu dans cet ensemble.
  • La salle de la Croix-Blanche ainsi que l’espace Clairefontaine sont détruits.
  • Une allée traverse l’ensemble, sur la trajectoire de la sente existante, mais elle sera fermée le soir.
  • L’aire de jeux pour enfants est déplacée plus loin dans le parc du Charme au Loup.
  • 9 bâtiments de R+3+combles/attiques, soit des bâtiments de 5 niveaux, comprenant chacun de 15 à 18 lots (donc environs 170 logements) seront ainsi disposés sur l’ensemble.
  • 300 places de parking sous-terrain, dont 230 pour les logements, 12 pour de futurs commerçants, et 60 ouvertes au public. Ces 60 places seront-elles payantes, mises en vente ? Pas d’information à ce stade.
  • L’aspect du bâti est blanc, les bâtiments étant recouverts de  « pierre de taille ».
  • Les arbres classés du parc sont conservés (pas de garantie sur les autres).
  • Une placette de 18m sur 19 est prévue, sur la rue du Général Leclerc. Le promoteur projette une image comparant cette surface à la place de la mairie. La placette a une surface équivalant 2/3 seulement de la place de la mairie, elle est exposée plein nord et encadrée de façades R+3+combles/attiques (13.5 en bordure de toit).
  • Les rez-de-chaussée doivent accueillir des commerces avec des locaux dédiés.

La présentation a été houleuse et parsemée de problèmes techniques. Mme le Maire a ensuite proposé une séance de questions-réponses au cours de laquelle les habitants ont soulevé de nombreux points d’inquiétude, de désaccord, de questionnement. Là aussi, un compte-rendu exhaustif serait difficile tant l’assistance a participé. Nous pouvons classer ces remarques et questions en trois catégories : des questions quant aux conséquences matérielles du projet, des questions liées à la vision de l’urbanisme, et de la ville,  portée par ce projet, et des questions politiques liées au fonctionnement de la démocratie locale.

En pratique 

Le promoteur promet un chantier qui n’aurait pas d’impact sur la population, les camions devant stationner et charger seulement à l’intérieur de la parcelle. Il nous promet ainsi aucune emprise du chantier sur la voie publique sauf sur une durée de 4 mois et demi avenue de la Gare. La question de la circulation de ces camions pour accéder au chantier et repartir ne trouve aucune réponse au-delà des abords immédiats du chantier. Les Saint-Loupiens bloqués à longueur de temps par les camions de M. Verrecchia  stationnant sans signalétique préalable rue Emile Aimond, par exemple, apprécieront la promesse d’un chantier magique sans conséquence pour les habitants.

Même si la réunion est consacrée à faire passer la pilule « Allées de Saint-Leu », d’autres projets de construction seront en chantier au même moment, comme le projet OGIC (Cèdre bleu) au bas de la rue de l’Ermitage et sur la rue Leclerc vers Taverny. Mme Billet assure une nuisance minime. Mais elle ne présente aucune solution d’ensemble pour la circulation pendant ces travaux.

Au-delà de la durée des travaux, les habitants sont inquiets quant à l’augmentation du trafic automobile dans ces rues. On note la création de près de 350 logements sur l’axe de la rue Général Leclerc (Croix-Blanche : 170 -Emile Aimond 49 – Ermitage 121) comment croire qu’il n’y aura pas d’impact sur la circulation et le stationnement ? M. Verrecchia assure que pour le stationnement il n’y a aucun problème. « La preuve »  dans ses deux autres programmes déjà construits ou en cours. Oui, mais les habitants et leurs véhicules ne sont pas encore là, les chantiers n’étant pas terminés.

Le calendrier avancé prévoit la destruction d’équipements publics éminemment importants pour la population : la salle de spectacle de la Croix-Blanche et l’espace Clairefontaine, qui accueillent de nombreuses activités associatives.  Une nouvelle salle doit voir le jour rue Gambetta, mais comment et dans quels délais, nul ne le sait.

Un habitant propose un « phasage » des travaux afin que l’équipement actuel ne soit détruit qu’une fois le nouveau construit. Mme le Maire repousse d’emblée cette proposition pourtant frappée au coin du bon sens.

Pour les associations qui fréquentent l’espace Clairefontaine, il y aurait des salles libres à la Maison pour Tous. Les associations à qui on a refusé l’accès à ces locaux faute de créneaux disponibles n’ont donc qu’à renouveler leurs demandes. Mme le Maire dit « espérer » que les locaux en rez-de-chaussée de la future résidence pourront accueillir aussi des activités associatives. Espérons, nous aussi…

Les commerçants s’inquiètent d’une baisse probable de clientèle pendant ces 24 mois de chantier. Mme Billet annonce « presque pas » de perte (sur quelle base ?), et on apprend qu’aucune concertation n’a été engagée avec eux…

Quelle vision de la ville ?

La présentation du promoteur martèle un message commercial grossier avec deux petits films « avant/après » qui relèvent de la manipulation et de la caricature.

On nous projette sur une musique mélancolique des images de l’îlot en état de délabrement. Des photos du parc en hiver, arbres dépourvus de leurs feuilles, c’est gris, c’est sale, c’est « moche », comme le dit la maire elle-même. Puis, un montage du futur projet sous un soleil radieux, bercé par le chant miraculeusement revenu des oiseaux, un parc aux allures de jardins de Versailles tant la perspective est « à perte de vue », la « pierre de taille » tout autour. C’est « beau ».

Mais comme le signalent plusieurs habitants, ce n’est absolument pas dans l’esprit architectural de Saint-Leu-la-Forêt. Le blanc de la « pierre de taille » évoquant plutôt Enghien, Levallois, Franconville depuis ces dernières années, Ermont… Mme Billet se demande à haute voix ce que pourrait bien être le cachet des rues saint-loupiennes. Nous avons des pistes à lui soumettre

Nous aimons, nous, Saint-Leu et son aspect villageois, ses anciens corps de fermes, ses portes ouvrant sur des cours intérieures pavées, la couleur plutôt chaude de la meulière…

Sur la question plus globale des infrastructures, des équipements, de la capacité de notre ville à accueillir autant de logements nouveaux, le même déni. Les écoles disposent de classes vides, nous répond-on… Deux annonces toutefois (mais sans garanties sur les délais) : « nous travaillons sur l’aménagement du restaurant scolaire », et une crèche collective doit être construite, Mme Billet promet le début des travaux pour cet été. La promesse avait été faite par son prédécesseur en 2014, annoncée pour 2015 puis abandonnée faute de faisabilité une fois l’élection gagnée. Nous nous réjouissons de cette nouvelle, en attendant d’en savoir plus sur la nature précise de ce projet.

Enfin, et c’est un des points les plus préoccupants, ce programme s’adresse à une clientèle aisée, relevant de la « résidence de luxe ». Il est stupéfiant de constater comment, à nouveau (après la rue Emile Aimond), une parcelle appartenant à la ville est cédée à une société privée (la même) et exemptée de tout logement social. L’argument est celui d’un équilibre dans la zone, puisqu’il existe déjà quelques logements sociaux alentour… Mais Mme le Maire déplore elle-même la difficulté de progresser sur ce point en raison de constructions de logements privés : « Avec la construction de logements privés, la proportion du parc social baisse mécaniquement », déclare-t-elle dans le dernier DMV (bulletin municipal). C’est au mieux de l’inconscience, au pire du cynisme que de céder le patrimoine public à un programme de cette ampleur sans aucun logement social.

Quelle démocratie locale ?

Quel avenir pour le centre-ville ? Quel avenir pour la ville ?

Madame le Maire l’assure : elle veut du dialogue « intelligent », de la concertation, et notre avis l’intéresse. Malheureusement, le temps d’échange n’a permis que de discuter un projet déjà choisi par la majorité en place, à l’exclusion d’autres. Le tout sans aucun appel d’offre. Oui, d’autres projets ont été soumis, mais les habitants ne sauront pas lesquels. La majorité actuelle a décidé seule de confier ce chantier à M. Verrecchia, sur des critères bien opaques.

On entend dire qu’un projet de résidence multigénérationnelle nommé « Les maisons de Marianne » aurait été repoussé. C’est dommage, car ce type de projet novateur et utile à la communauté saint-loupienne permettait l’intégration de logement social.

Le projet doit voir le jour sur une parcelle délimitée clairement dans le PLU voté l’an dernier, la zone UAd, rédigée sur mesure pour ce projet auquel on permet une hauteur supérieure de 4 mètres à l’ensemble du centre-ville. La réglementation pour le centre-ville a donc été rédigée en vue de permettre ce projet. Les réunions de concertation de 2015 avaient-elles fait surgir une aspiration de la population à une restructuration aussi radicale à cet endroit précis, au point de découper cette fameuse zone UAd ? Le promoteur a-t-il contribué à la rédaction du PLU ?

Nous considérons, nous, que c’est la concertation publique, la prise en compte des contraintes, la mise à plat, en toute transparence, de l’ensemble des données qui doit permettre de dessiner un projet pour l’avenir de notre ville.

C’est le sens de notre intervention en fin de réunion. Une partie de l’opposition demande une nouvelle réunion publique pour discuter sur le projet des « Allées de saint-Leu ». Nous réclamons, nous, l’arrêt de ce projet et une révision du PLU qui puisse se faire dans une véritable concertation, de manière à écrire un projet de ville auquel les futurs acteurs de la transformation viendront s’adapter, plutôt que l’écriture d’un règlement d’urbanisme dicté par l’urgence de construire pour vendre. Quelle urgence y a-t-il à modifier si violemment notre centre-ville ?

Mme Billet accuse notre présidente et élue de l’opposition, Delphine Armandin, de n’avoir pas participé à la concertation préalable à la rédaction du PLU. Mais aucune possibilité de le faire n’a été proposée par la mairie à cette époque. Seules deux réunions déjà intitulées Saint-Leu horizon 2030 avaient été menées, nous y étions.  Elles étaient animées par un humoriste et consistaient à recueillir les aspirations des Saint-Loupiens. Le seul levier à la disposition de l’opposition était l’enquête publique à laquelle nous avons contribué nombreux, interpellant la majorité, et le prédécesseur de Mme Billet, sur cette mystérieuse zone UAd, entre autre… Aucune réponse à nos questions d’alors n’a été formulée (sinon, en réunion publique, la formule consacrée de cette majorité avant et après l’élection sénatoriale : « Je suis élu pour décider, vous aurez des informations en temps utiles »).

La contribution de Décidons Autrement Saint-Leu a été écourtée par Mme le Maire, qui a refusé de laisser parler Mme Armandin jusqu’au bout. Elle a rejeté d’emblée la proposition de réécrire le PLU, disant envisager de rediscuter les détails de ce projet spécifique. Mais il y a une véritable urgence. M. Verrecchia nous ayant lui-même annoncé le dépôt du permis de construire à l’été. Une fois ce permis déposé, s’il est en conformité avec le PLU, ce qui ne manquera pas d’être le cas, étant données les conditions dans lesquelles ce dernier a été rédigé, il sera trop tard pour s’y opposer, et Mme Billet elle-même n’y pourra plus rien.

Nous exigeons que les équipements culturels voués à disparaître soient conservés jusqu’à leur remplacement. Nous exigeons une concertation publique, transparente, et la mise en œuvre urgente d’une procédure de révision du PLU.

Devant cette situation, Décidons Autrement Saint-Leu organise une réunion publique afin de débattre de l’avenir de notre ville.

Nous invitons tous les citoyens soucieux de collaborer à la définition d’un projet responsable et cohérent pour l’avenir de Saint-Leu-la-Forêt à nous rejoindre et à participer au débat que nous tiendrons le mardi 10 avril à 20h30.

Nous sommes dans l’attente d’une réponse des services municipaux quant au lieu que la municipalité mettra à disposition pour cet exercice démocratique plus indispensable que jamais.

Venez nombreux, et ensemble,

décidons autrement Saint-Leu-la-Forêt !

2 réponses à “Saint-Leu horizon 2030 ou Saint-Leu sous Verrecchia ?”

  1. Bonjour,

    Je soutiens à quelques nuances près la position adoptée par votre association, position plus sérieuse selon moi que la demande d’Eric Dubertrand (Réunir St Leu) de se revoir dans une réunion prochaine, ce qui de fait conduit à avaliser le projet en lui donnant du répit et conduirait donc à un enterrement de première grandeur de l’opposition citoyenne qui se révèle de plus en plus forte et solide et j’espère qui va se fédérer très rapidement pour être encore et encore plus efficace et plus constructive.

    La légère différence que j’ai avec vous provient de ce qu’on ne pointe pas assez bien le décor général dans lequel l’urbanisation de notre ville doit intervenir: il faudrait donc identifier tous les défis et enjeux que nous avons à affronter d’un point de vue général et ensuite d’un point de vue plus spécifique dans notre ville, qui doit aussi se préoccuper de l’évolution des villes voisines.

    En parcourant l’ordre du jour du prochain conseil municipal du 27 Mars tel que présenté dan un autre article plus récent http://www.decidons-stleu.fr/2018/03/22/conseil-municipal-du-27-mars-2018/, je note que le point 4 portera sur le bilan des acquisitions et sessions faites par la municipalité pendant l’année 2017. Rien ne concerne donc la zone du projet présenté à la hussarde -et un manifeste manque de professionnalisme!- par le cabinet Verrechia. Est-il possible de retrouver trace de toutes la acquisitions et cessions de parcelles de cette zone faites donc les années précédentes?

    Je m’étonne aussi que des conseillers municipaux -ici au moins ceux de l’opposition municipale- n’aient pas connaissance de tous les appels d’offres ou à projets passés par la ville: par comparaison, de telles pratiques sont -sauf entière collusion peu probable- impossibles dans les CE où comme dans un conseil municipal il y a plusieurs parties concernées, avec dans les CE la particularité de leur présidence par l’employeur ou un représentant de celui-ci. Puisque cela semble néanmoins le cas selon les questions que vous avez soulevées et qui sont restées sans réponse, on ne peut que conclure que cela révèle une profonde opacité -totalement inacceptable- opérée par la majorité municipale ou du moins par ceux de ses membres les plus éminents!

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